TRIBUNE LIBRE

Article de Patrick Braouezec publiè dans le Monde

Construisons l’alternative plutôt que l’alternance

Rénover, refonder à la gauche du PS, c’est une idée en gestation depuis plus de vingt ans. Elle a accompagné les crises identitaires du Parti communiste dans les années 1980 et elle a mûri au gré de ses soubresauts. De textes à foison, en appels à répétition, de forums en réunions, rien n’a émergé de façon pérenne. Seuls des espoirs temporaires, mais finalement sans lendemain comme la victoire du non au référendum sur la Constitution européenne, ont constitué des éclaircies dans ce ciel bouché. Des milliers de citoyens observent avec perplexité ces balbutiements de l’offre politique de la gauche radicale émiettée. Des militants du PC, des Verts, de la LCR, du PS, du MRC, du PRG… se demandent comment sortir du labyrinthe. L’impatience est palpable. Le découragement aussi.

La droite a gagné les dernières élections parce qu’elle avait un projet, séquencé dans un programme. La gauche a perdu parce qu’elle était dépourvue d’une visée claire et audible, mais aussi parce que sa division, dans sa frange réformiste et plus encore dans sa partie radicale, était au moins aussi tangible que ses lacunes de contenu.

Sarkozy est désormais aux manettes. Il agit en homme orchestre, prince et factotum à la fois. Il secoue le shaker des réformes libérales, il flatte les adeptes du tout-sécuritaire en accommodant à la sauce moderne, comme pour les tests ADN sur les immigrés, des pratiques qui rappellent des heures sombres de l’Histoire. Il fait plaisir au Medef et aux catégories les plus aisées de la population, il désigne des boucs émissaires et s’attaque à des acquis sociaux de plus de cinquante ans…

Mais pour le reste ? Quid des attentes de l’électorat, notamment populaire, qui l’a porté au pouvoir ? Pouvoir d’achat, emploi, croissance, logement… Les résultats annoncés avec force roulements de tambour ne sont pas au rendez-vous, pire vont se retourner contre le peuple. De ce point de vue, le président dégage, en creux, des perspectives pour une alternative politique. C’est au contour et au contenu de celle-ci qu’il est urgent de travailler. Depuis cet été, des textes circulent, des appels fleurissent. Chacun y va de sa petite musique, dans son coin.

Et les partis politiques de la gauche historique programment leur nécessaire rénovation à l’aune de l’échéance de leurs calendriers. Il faut attendre, toujours attendre que les congrès se tiennent… fin 2008 ! D’ici là, d’autres textes paraîtront, d’autres voix s’élèveront pour déplorer que les organisations campent sur leurs grands soirs partisans.

LA CHARRUE AVANT LES BoeUFS

Alors, que faire ? Attendre ces grandes messes ? S’échiner chacun dans son coin ou se bouger ensemble ? Et si, pour une fois, nous choisissions la deuxième solution ? Et si nous mettions de côté les problématiques de chapelle, et que nous travaillions à l’unité des petits conglomérats qui prônent la transformation sociale ? Et si la somme des micro-planètes de la galaxie gauche de gauche s’évertuait à la mise en commun, non pas pour collationner un catalogue, mais pour valider des contenus sur les enjeux sociaux, économiques, écologiques et sociétaux ?

Et si, cette fois, pour parvenir à cette mise en commun des contenus nous mettions la charrue avant les boeufs en menant ce travail à partir d’une organisation structurée et revendiquée comme telle, ce que, pour des raisons diverses, nous avons toujours refusé de faire ? Et si nous osions, enfin, créer une coordination, un réseau ayant pignon sur rue, statuts et porte- parole, qui permettrait aux citoyens sans carte comme aux militants encartés mais désireux de réfléchir pour agir, de pouvoir le faire au grand jour ?

Et si, cette fois, nous ouvrions en grand les portes et les fenêtres pour donner de l’air à celles et ceux qui ne désespèrent pas de donner du muscle au courant de la gauche de transformation sociale ? C’est le sens de cette sollicitation publique qui a pour vocation à devenir la propriété commune de tous ceux qui ne se satisfont pas de l’éclatement du courant de pensée qui prône l’alternative plutôt que l’alternance.

Patrick Braouezec, député de Seine-Saint-Denis

Contre l’offensive des « refondateurs » : maintenir et renforcer le PCF !

La préparation de l’Assemblée extraordinaire du PCF, qui se tiendra en décembre, a fourni l’occasion à Patrick Braouezec (photo), Roger Martelli, Jean-Claude Gayssot et autres « refondateurs » de redoubler leur offensive – complaisamment relayée par les médias capitalistes – pour aboutir à ce qui reviendrait, dans les faits, à la dissolution du PCF. Ils remettent en cause ce qu’ils appellent « la forme parti », lui préférant une vague « mouvance sociale ». En substance, les « nouvelles logiques d’organisation » qu’ils proposent reviendraient, dans la pratique, à une réédition des « forums anti-libéraux » – mais, cette fois-ci, sans le PCF.

Dans une interview publiée dans L’Humanité, Gayssot déclare qu’il est favorable à l’abandon du mot « communiste », dans le nom du parti, avant d’ajouter : « Mais je pense honnêtement qu’il faut surtout en finir avec la conception de l’organisation qui a prévalu jusqu’ici. À mes yeux, la force transformatrice qu’il faut créer ne peut l’être sous le label ou la houlette du parti ! » Quelques lignes plus loin, il explique qu’il faut être « indépendant », mais « ne pas négliger la conquête de positions dans les institutions. » Autrement dit, Gayssot et consorts ne refuseraient pas des positions confortables dans les « institutions », mais ne voient pas la nécessité d’une étiquette communiste ou d’un parti auquel il faudrait rendre des comptes. Ce sont effectivement des choses encombrantes dans le milieu bourgeois des « institutions ». Autrement dit, le PCF était « utile » lorsqu’il hissait l’ex-ministre Gayssot vers les sommets. Mais s’il ne permet plus cela, à quoi sert-il ?

Rappelons que lorsqu’il était Ministre des Transports, Jean-Claude Gayssot qualifiait la privatisation d’Air France de « grand succès populaire ». Il n’a jamais levé ne fut-ce qu’un petit doigt contre les projets de privatisation du gouvernement Jospin, sous lequel le transfert de biens publics vers le secteur capitaliste a été le plus important de toute l’histoire du pays (31 milliards d’euros).

Et maintenant, après avoir affaibli l’assise sociale et électorale du parti par ce genre de capitulation, par des révisions successives du programme qui l’ont vidé de son contenu communiste, et par la campagne « boviste » menée contre la candidate du parti aux présidentielles, les refondateurs prennent prétexte d’un affaiblissement dont ils sont responsables, même s’ils ne sont pas les seuls, pour inciter les communistes à détruire leur organisation ! Ce ne sont pas des refondateurs, mais des liquidateurs.

Le parti, c’est un outil indispensable dans notre lutte contre le capitalisme. Il permet d’élaborer notre programme, de discuter des questions de stratégie, d’organiser et de financer nos activités, d’élire nos représentants et candidats. Sans cette organisation, les communistes ne seraient rien. Il faut résister de toutes nos forces au discours démoralisé et démoralisant des liquidateurs, et engager la lutte au niveau des idées pour contrecarrer leurs arguments et réduire leur influence. Les médias se font largement écho de leurs idées. Il faut que les militants et sympathisants du parti entendent un autre son de cloche. Les sections qui refusent la liquidation du parti devraient s’exprimer, par voie de résolutions et de textes.

Lors des élections au congrès de 2008, nous appelons toutes les sections et fédérations du parti à éliminer des instances nationales et fédérales tous les représentants de cette tendance liquidatrice. Un parti qui installe dans sa direction des gens qui veulent sa mort – risque fort d’en mourir, justement. Martelli, Braouezec, Gayssot et compagnie ont parfaitement le droit de ne plus vouloir du PCF et de ne plus se réclamer du communisme. Mais le PCF n’a jamais forcé personne à en être membre. S’ils veulent partir, qu’ils partent ! Nous autres maintiendrons le parti et travaillerons pour le renforcer, sur le plan des idées comme sur le plan organisationnel.

Le programme du parti

L’affaiblissement du parti n’est pas dû à des causes externes. Il n’est pas dû à des « évolutions sociologiques », comme le prétendent les soi-disant refondateurs. Il est dû à l’abandon des idées et objectifs révolutionnaires dont il se réclamait, dans le passé. Le remplacement de ces idées par les notions soporifiques de l’« anti-libéralisme » réformiste a eu comme conséquence de desserrer les liens entre le parti et la couche la plus militante, la plus politiquement consciente de la jeunesse et des travailleurs. Ils ont besoin d’idées claires, d’analyses et d’explications solides, de théorie marxiste, de perspectives et d’un programme sérieux pour mettre fin au capitalisme.

Mais le programme que présente actuellement le parti ne contient aucune mesure qui constitue une remise en cause de la propriété capitaliste de l’économie. Il se limite à de petits bricolages superficiels : des crédits moins chers pour les employeurs qui embauchent, des amendes pour les mauvais patrons, de vagues allusions à une « nouvelle citoyenneté » et d’autres notions sur le thème d’un meilleur « vivre ensemble » ou encore d’une réorientation « équitable » de l’économie capitaliste.

Ce charabia « anti-libéral » se veut plus moderne que le marxisme. Mais en réalité, il constitue un retour en arrière, un retour aux idées réformistes, naïves et utopistes du début du XIXe siècle, avant Marx.

Le comportement des dirigeants communistes, lors des participations gouvernementales de 1981-1984 et de 1997-2002, a convaincu la masse de l’électorat populaire que même si le discours du PCF est plus radical et plus militant que celui des socialistes – dans la pratique, leur politique est au fond la même.

Expliquer le « stalinisme »

A cette expérience collective s’ajoute la confusion créée par l’effondrement des régimes totalitaires du bloc de l’Est, régimes que les dirigeants du parti ont présenté comme autant d’exemples du « socialisme » à plusieurs générations de travailleurs. A ce jour, aucune tentative sérieuse de fournir une explication à la dégénérescence de la révolution russe et au phénomène du stalinisme n’a été entreprise par le parti, ce qui laisse la porte ouverte à l’idée, relayée massivement par les apologues du capitalisme, que le communisme est synonyme de dictature totalitaire.

La politique de plus en plus ouvertement réformiste défendue par la direction du parti ne permet pas au PCF de se distinguer nettement du réformisme du PS, et le transforme, objectivement et dans la conscience populaire, en une annexe politique de ce dernier. Mais l’affaiblissement du PCF n’a rien d’irréversible. Il est entièrement à la portée des militants du parti de reconstruire son influence et son implantation dans le mouvement syndical, chez les jeunes et chez les travailleurs en général. Mais pour cela, il est nécessaire de revenir aux idées fondamentales du communisme – aux idées du marxisme révolutionnaire.

La Riposte
Publication : mardi 16 octobre 2007

EADS, davantage qu’un scandale, un signal. Telle est aujourd’hui la mentalité des dominants. Je suis sur qu’ils ne voient même pas où est le problème. Ils ont défendu leur fric (pardon « la valeur »), et alors ? Les mots industrie nationale, performance technique des salariés, devoir à l’égard de la collectivité, tout cela ce sont des mots pour les gogos. Ca ne se traduit pas en anglais. Eux parlent et pensent en anglais. Je veux dire dans la langue des affaires. Vous avez vu cent fois leurs faces de pierre dans le numéro des larmes grandiloquentes sur le « retard de notre pays », les privilèges des corporatismes leurs exigence de « souplesse pour nos entreprises » et aussi leur fameux « il faut d’abord produire les richesses avant de les répartir ». En fait ce sont juste des voyous. Patrons incapables, parasites de l’Etat qui tueraient père et mère pour un cours de bourse ou un paquet de stock option, bradeurs de l’industrie du pays. Juste des voyous. Tels sont les dominants à l’âge du capital financier de notre temps. Et le ministre qui leur dit « oui, allez y les gars, ramassez vos billes, je vous y autorise : après nous le déluge ! » C’était gratuit comme conseil et autorisation ? Et le fonctionnaire qui dit « vendons les parts de l’Etat pour bénéficier du bon cours de bourse », comment a-t-il pu dégénérer jusqu'au point d’avoir perdu tout sens de l’Etat et occuper une si haute fonction ? Et qui va nous dire à présent pourquoi c’est Lagardère à qui l’Etat avait confié sa représentation dans le conseil d’administration de l'entreprise si on le savait à ce point attaché à ses seuls intérêts. Et s’il a trahi son mandat, quel compte l’Etat va-t-il lui demander ? Ca finira mal. Ces choses là, on les sent. Si les élites en sont là, alors oui tout est possible et légitime en matière d’égoïsme, pour tout le monde. Le monde du travail est si patient ! Mais cette patience là aussi finira par avoir son terme. Je l’espère tant. C’est la seule façon d’arrêter cette affreuse comédie néo libérale qui pille le pays, ruine ses acquis trahis ses intérêts.
Hier avait lieu au Sénat le « débat » après communication du ministre, sur la fin des régimes spéciaux de retraite. Le ministre parle, le rapporteur parle, le président de la commission parle, le premier orateur de droite parle. Tous de droite. Tous d’accords et s’en réjouissant bruyamment. Au bout d’une heure et demie de ce « débat » parle le premier orateur de gauche. Une heure et demie ! Et voila le meilleur, si j’ose dire. Pendant trois quart d’heure, tandis que défilent à la tribune les orateurs, combien y a- t- il de sénateurs de droite en séance ? Combien ? Aucun. Tous simplement pas un, aucun, zéro. Voila le pays de monsieur Sarkozy.

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