Le gouvernement Sarkozy axe l'essentiel de sa politique sur le concept suivant : chacun doit faire des efforts et avoir de la volonté pour améliorer sa vie. La loi, mise en application le 1 octobre sur la défiscalisation des heures supplémentaires, s'inspire de cette théorie. Celui qui le veut peut donc travailler plus pour gagner plus.
C'est oublier un principe fondamental. Le développement de l'être humain n'est pas prioritairement basé sur sa volonté mais sur son histoire personnelle, sur ce qui lui a été donné dans son enfance. par ses parents, son entourage. Ce sont ces fondements qui nous amènent à bâtir du positif ou du négatif. Bâtir du positif c'est : faire des études, être en bonne santé, avoir un réseau social, amical, familial, etc... Bâtir du négatif c'est : être malade, handicapé, isolé, sans qualification professionnelle, etc …
Nous nous appuyons sur ces atouts positifs ou négatifs pour notre adaptation au monde du travail.
Nous ne sommes donc pas tous égaux face à la sphère professionnelle. Pour beaucoup de salariés "travailler plus pour gagner plus" est donc un leurre. Pour eux il est nécessaire de pouvoir
travailler moins, pendant une période plus ou moins longue, afin de se reconstruire et de lever les freins à leur insertion professionnelle. En leur donnant réellement les moyens et le temps de
lever ces freins ils pourront, par la suite, accéder à un emploi satisfaisant ; c'est-à-dire justement un emploi sans heures supplémentaires, bien rémunéré, intéressant et stable. Ainsi ils
gagneront plus : d'argent, de reconnaissance, de motivation, de qualification.
Mais certains salariés fragilisés ne pourront jamais avoir un emploi à temps plein. II est donc nécessaire de leur permettre de travailler à leur rythme avec un salaire et des prestations
sociales convenables. Les 5 milliards d'euros gaspillés dans cette loi auraient pu servir à leur attribuer ces avantages. Ce qui ne serait que justice puisque la réduction d'impôt prévue ne
bénéficiera pas aux non imposables, comme le sont souvent les plus précaires.
Le slogan "travailler plus pour gagner plus" a fait mouche dans une société hyper consommatrice. Le pouvoir d'achat doit, bien sûr, progresser par l'augmentation des salaires et non par le biais
des heures supplémentaires. Mais gagner plus c'est aussi gagner plus de loisirs, de solidarité, de communication, de valorisation personnelle. Partager le travail, avec 32 heures hebdomadaires,
laisserait un espace ouvert à ces valeurs humaines. Les uns gagneraient de l'argent et de la reconnaissance sociale en accédant au monde professionnel alors qu'ils en sont exclus actuellement.
Les autres, en travaillant moins, gagneraient du temps pour mieux vivre et créer.
Marie-Paule CABROLIE