Il y a un avant et un après le 29 janvier. Ce mouvement social est remarquable par sa puissance, ce qu’il exprime comme inquiétudes profondes du pays, les colères, le
refus de payer la crise, le besoin de changement, le besoin d’unité.
La dimension populaire, avec beaucoup de jeunes, des gens qui manifestaient pour la première fois doit faire réfléchir. Le refus de payer la crise, au coeur du
mouvement, a un caractère éminemment politique. C’est un des traits nouveaux de ce mouvement, à travers l’ampleur des grèves et des manifestations. Remarquable aussi la qualité de la plate-forme
syndicale unitaire, le haut niveau de revendications et de propositions qu’elle porte. Quelque chose se passe dans les profondeurs du pays, en relation avec la conscience des causes et des
conséquences lourdes présentes et à venir de la crise. La situation politique en est modifiée. Toutes les forces politiques sont confrontées à ce bougé profond. La droite et Sarkozy en premier
lieu. Mais aussi à gauche. On aura remarqué la présence socialiste affirmée, et qui n’a pas provoqué de réactions négatives dans les manifestations. Au contraire.
C’est que s’exprime dans le pays un très puissant besoin "d’être ensemble". (Il a sans doute rendu possible l’exceptionnelle unité syndicale). Un besoin d’union à
partir, non pas d’un programme politique, mais d’exigences dans laquelle se reconnaît une majorité de la population. Quelles conséquences en tirons-nous pour notre intervention, et dans la
campagne des élections européennes ? Qu’est ce que cela change et offre comme opportunités, à condition de faire ce qu’il faut ? Pouvons-nous simplement continuer comme avant, comme
s’il n’y avait pas du nouveau ?
Ce mouvement massif, populaire, sur une plate-forme de haut niveau, nous place devant une contradiction. D’une part il faut répondre à la montée de l’exigence
populaire de se rassembler pour faire face à la crise, combattre les politiques de droite et imposer un changement de politiques. D’autre part, la stratégie électorale d’alliances, en l’état
actuel des choses, porte le risque, que beaucoup mesurent, de nous enfermer dans la "gauche de la gauche", en décalage avec le 29. De l’analyse que nous faisons du 29, - en relation avec les
conséquences de la crise -, de sa profondeur et de sa portée, dépend le type de campagne que nous allons mener pour les européennes, intégrant changement en France et changement en Europe.
Il s’agit d’apporter les réponses appropriées à la situation nouvelle en proposant aux autres forces de gauche, pas seulement de "soutenir", comme cela se fait traditionnellement, mais de se
mettre au service du mouvement, de la plate-forme unitaire, dans laquelle se reconnaissent des millions de femmes et d’hommes, et qui leur a donné la confiance d’ agir, et d’agir ensemble. Cette
question devrait faire l’objet de discussions dans tout le parti, après le Conseil national, et de débats ouverts dans tout le pays.
Pour les européennes, il faudrait travailler à des candidatures qui portent ce message, et dans lesquelles se reconnaissent celles et ceux qui ont retrouvé espoir
avec le 29 janvier. Il s’agit de porter dans la campagne une réponse forte à l’aspiration au changement et à l’union pour faire face à la crise, dans ses dimensions européennes, en phase avec ce
qui s’est exprimé si fortement. Nous pourrions dans ce même esprit lancer un appel à travailler à gauche pour un "Pacte européen anti-crise d’urgence", à partir des réalités de la crise, de
l’échec des politiques libérales et social-libérales, et du bougé de la situation.
S’il y a un avant et un après le 29 janvier, il faut en tirer les conséquences. Il faut discuter sur ce que cela change. Il faut consacrer le temps nécessaire à un
échange, non seulement sur l’analyse du 29 janvier, mais aussi sur ce que cela voudrait dire pour le PCF de se mettre au service du mouvement, afin d’ être à la hauteur du moment, être visible
dans le débat politique, et surtout être utile au pays.
Daniel Cirera