Certaines commémorations méritent le respect. D’autres, dans leur forme, frôlent l’indécence tant elles sont réductrices.

Mouvement populaire, à la fois social et sociétal, dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences, le mouvement de mai 68 ne saurait être la propriété de telle ou telle icône médiatisée tant il a remis fondamentalement en cause,de façon collective,  les approches sociales, culturelles et professionnelles.

 Sur le plan sociétal, libération incontestable, mai 68  a conduit à l’instauration de rapports nouveaux entre les individus, à la suppression de la peine de mort, à l’instauration de la contraception, de l’IVG, à la reconnaissance de la différence comme richesse. Il a porté un coup fatal à la vieille et frileuse société rurale. Il a fait surgir un élan créatif certes désordonné mais riche de potentialités qui verront le jour à partir des années 70.

Sur le plan social, avancée sans précédent du niveau de vie, de la protection des travailleurs et de leur représentation syndicale, mai 68 faisait émerger une volonté de prise en main dont l’image emblématique fut l’aventure des LIP qui encouragea toutes les utopies.
 
Le coup fut si rude qu’il  fallut trois décennies au pouvoir de l’argent pour se ressaisir, ce dernier n’ayant eu de cesse de grignoter un à un les acquis, bien souvent avec la complicité de certains soixante-huitards bien en vue. Cela jusqu’au Président actuel qui se promet d’envoyer aux oubliettes cette réalité historique.

Ainsi, aujourd’hui, si des avancées sociétales demeurent, rien ne peut permettre d’affirmer qu’elles resteront inscrites dans le marbre . L’IVG, par exemple, est trop souvent insidieusement menacée et le principe de la peine de mort régulièrement objet de tentatives de réhabilitation. Quant aux avancées sociales, chacun sait ce qu’il en est advenu: cadences forcenées, travail du dimanche, salaires inférieurs au Smic, licenciements massifs, casse du service public…
 
C’est pourquoi je suis profondément heurté quand je vois, que j’entends ou que je lis, que tel ou tel personnage bien connu serait LA FIGURE de mai 68, qu’on lui donne la primeur des écrans, des ondes ou des éditos. Non, le 13 mai, ce n’était ni untel ni tel autre ! Ce fut peut-être eux, mais depuis certains ont bien changé jusqu’à être en accord avec Sarkozy, qui lui n’a pas changé, pour biffer d’un trait de plume l’espoir qui subsiste encore.

 Mai 68, en particulier le 13 mai, même si à l’époque j’étais loin parfois de partager toutes leurs vues, c’était Séguy, Maire, les syndicats, des millions de travailleurs, des centaines de milliers d’étudiants, de lycéens et leurs profs, qui occupaient la rue en affirmant leur volonté de créer un monde nouveau, meilleur, plus fraternel, plus libre. Je partageais cela avec eux.

Actuellement le monde a bien changé, pas dans le bon sens. A l’heure où les restos du cœur, le secours populaire, sont sollicités par des millions de pauvres, de sans-abris, comme au 19° siècle ; à l’heure où les salaires de misère engendrés par les super profits ne permettent plus de se loger; à l’heure de la traque des sans-papiers, des travailleurs qui fuient la famine et le sous- développement, Mai 68 n’est pas à commémorer : il est à refaire et à réussir….. d’urgence!

                                                                                                       -  Guy Drillin -


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Dimanche 8 juin 2008 7 08 /06 /Juin /2008 20:25
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