INTERNATIONAL

Cet article a été rédigé pour l'association Reporters sans frontière le 23 mai 2009 par Mumia Abu-Jamal, condamné à mort en Pennsylvanie en 1982, icone des partisans de l'abolition de la peine de mort depuis de nombreuses années. L'an dernier, une cour d'appel fédérale a commué sa peine en prison à perpétuité.


J'ai fait mes débuts dans le journalisme en tant que reporter, chargé du logement au sein d'une station de radio locale, affiliée à NPR (National Public Radio
).

A Philadelphie, l'une des plus vieilles villes des Etats-Unis, les problèmes de logement étaient alors très nombreux : on pouvait parler d'un délabrement généralisé, surtout dans les quartiers où vivaient les Noirs, les Portoricains et les Blancs les plus démunis.

Lorsque je me repenche sur ces années, (…) impossible d'oublier la manifestation contre les mauvaises conditions d'habitat organisée par les locataires d'une résidence de Southwest Philadelphia, une partie de la ville que j'avais jusque-là maintes fois longée en voiture sans oser m'y aventurer…

Les façades du bâtiment étaient plutôt belles, stylisées, et se démarquaient du reste de la rue grâce à leurs moulures ornementales, symboles d'une ère révolue où les bâtisseurs, véritables artisans, se souciaient de beauté.

Lorsque l'un des organisateurs de la manifestation m'a appelé pour m'alerter, je me suis immédiatement rendu à l'immeuble.

Ma première réaction a été un haut-le-cœur : les plafonds étaient dangereusement affaissés, suspendus au-dessus des enfants ; la tuyauterie était bouchée et le bâtiment était si peu entretenu qu'il menaçait la sécurité de ses occupants.

Les meneurs de la manifestation ne cachaient pas leur colère.

En repensant à cet événement aujourd'hui, je réalise que le sujet n'était pas, en soi, le logement. Le sujet, c'était la résistance. C'est cela qui donnait du sens à cette histoire symptomatique de ce que vivent les gens de la classe ouvrière, qui affrontent, au quotidien, des conditions de vie injustes et inacceptables.

De nombreuses années plus tard, au fond de ce que j'appelle l'American House of Pain (ma prison), ce serait mon lot.

Choses vues dans le couloir de la mort

Les milliers de personnes incarcérées autour de moi pourraient chacune faire l'objet d'un reportage : sur les raisons les ayant conduites en prison ou, bien plus souvent, sur les procédures utilisées pour leur condamnation.

Le système judiciaire américain s'apparente à un broyeur à viande : vus de près, ses rouages sont répugnants.

J'ai rédigé maint articles sur des détenus condamnés injustement ou illégalement, soumis à de terribles violences, victimes de sidérantes aberrations bureaucratiques ou de cruautés à vous glacer le sang.

En 1995, j'ai fait l'objet de sanctions pour m'être « adonné à des activités de journaliste ». Il m'aura fallu des années de lutte contre le système judiciaire, dont plusieurs semaines de présence dans une salle d'audience, assis avec des chaînes serrées à en faire enfler et saigner mes chevilles, pour faire enfin admettre que le 1er amendement de la Constitution américaine protège de telles activités (ce fut l'affaire Abu-Jamal contre Price). Je ne regrette nullement ce combat.

Pendant longtemps, pour rédiger mes articles, j'ai été contraint de les écrire sur un bloc-notes, avec un stylo ou parfois même avec un simple tube de 10 centimètres en plastique souple et transparent, c'était comme si j'écrivais avec une nouille.

Deux de mes livres ont été écrits avec de tels instruments, puis envoyés à des amis ou à des éditeurs pour les faire taper.

Pas d'ordinateur ni de cassette en prison

Les ordinateurs n'ont pas encore fait leur entrée dans le monde carcéral (ou, tout du moins, pas en Pennsylvanie). Je suis souvent amusé de recevoir des lettres de personnes bien intentionnées qui me donnent spontanément leur adresse de courriel ou de site Web.

J'en conclus qu'elles pensent que je dispose, là, dans ma cellule, d'un ordinateur personnel, ou que cette prison propose aux détenus des points d'accès à l'Internet. Pas du tout.

Ici, il n'y a ni ordinateurs, ni I-pod, ni CD, ni cassettes (l'ironie est que l'on peut acheter des lecteurs de cassette à l'intendance ! ).

Nous ne sommes guère que des dinosaures qui vivons dans un autre temps, figés dans une ère où nous faisons "sans".

Découverte d'un téléphone portable : "Ça sert à quoi ce truc ? "

Un détenu surnommé Amin (Harold Wilson), qui avait été acquitté lors d'un nouveau procès sur des accusations de meurtre non fondées, a été libéré après deux décennies passées dans le quartier des condamnés à mort. Il a quitté la prison centrale de Philadelphie avec tous ses biens réunis dans un sac poubelle, et un jeton d'autobus.

Un détenu portoricain qui avait été libéré de la même prison au même moment a été si touché par l'expression de désarroi sur son visage qu'il lui a offert son téléphone portable. Amin a regardé en plissant les yeux le petit appareil au creux de sa main et a demandé : « Ça sert à quoi, ce truc ? »

Il n'avait aucune idée de la façon de faire marcher cet étrange objet car il n'en avait jamais vu ou tenu un auparavant. Plus tard, il m'a dit : « Oh là là, on aurait dit un gadget directement sorti de Star Trek ! »

Il y a parfois des histoires qu'on aurait préférer ne pas connaître.

Il y a plusieurs mois, Bill Tilley, apprécié pour son sens de l'humour dans les couloirs de la mort, mais usé par trop d'années de coups de tête contre l'épaisse muraille judiciaire et redoutant que de récents problèmes de santé ne soient le prélude d'un cancer, s'est levé à l'aube et s'est servi de la grille d'une bouche d'aération de sa cellule pour effilocher les lacets de ses tennis et faire un nœud coulant.

Il s'est pendu.

Suite à son décès, des rumeurs ont circulé selon lesquelles il était effectivement atteint de cancer, mais que le personnel médical de la prison n'en avait pas parlé car, s'agissant d'un condamné à mort, l'Etat ne voulait pas gaspiller d'argent en soins pour un patient qui allait de toute manière mourir.

Plusieurs semaines avant sa mort, Tilley avait confié à quelques amis qu'il pensait qu'il s'agissait d'un cancer, compte tenu de la sévérité de ses symptômes, mais que, quoi qu'il en soit, il avait tellement souffert qu'il ne voulait « plus jamais, jamais, passer par cela ».

Ce que nous ignorions alors, c'est qu'il nous annonçait du mieux qu'il pouvait son projet de suicide. Peut-être essayait-il de nous dire en quelques mots qu'il avait plus peur de souffrir que de mourir.

Tilley a mis fin à ses jours à moins de 12 mètres de la porte de la cellule dans laquelle ont été écrit ces mots.

J'ai "sorti" cette affaire, mais sans aucun plaisir.

Des affaires à sortir, il y en a des dizaines de milliers dans cette « Maison de la Peine ». Elles m'ont inspiré des centaines d'articles.

Je "couvre" un univers caché que même les journalistes les plus intrépides ne peuvent pénétrer.

Cet univers, c'est mon domaine, et j'entends y faire mon travail avec la même rigueur et le même professionnalisme que ceux qui m'animaient dans le passé.

Car même s'il s'agit d'un monde caché, loin des millions de regards, il s'agit bien d'un monde public, bâti et entretenu grâce à l'argent du contibuable. Ce dernier n'est-il pas en droit de savoir où passent ses impôts ?

Je l'en informe du mieux que je peux, plusieurs fois par mois, par écrit au travers d'articles ou de recueils de commentaires.

Je me bats contre le fait que je suis ici, mais je suis ici ; et tant que cela durera, c'est ici que je poursuivrai cette vie.

 


La lettre pétition à Obama se trouve 
sur le site du Collectif : mumiabujamal.net et sur celui du MRAP
http://secure.mrap.fr/Signez-la-lettre-petition-a-Barack.html


<<<Source>>>

GAZA :

Ce n'est pas par la guerre que l'on construit la paix et la sécurité

AMPLIFIONS LES MOBILISATIONS POUR LA JUSTICE ET LA PAIX AU PROCHE-ORIENT

La France doit exiger l’arrêt immédiat de l’offensive terrestre, le retrait des troupes israéliennes de Gaza et la cessation des bombardements. Il n’y a pas d’issue dans l’escalade militaire et dans la guerre.

Les autorités françaises ayant affirmé qu’il n’y a pas de solution militaire, Nicolas Sarkozy doit en tirer jusqu’au bout les conséquences en tenant un langage de fermeté, en s’appuyant, avec détermination, sur le droit international et en appelant le gouvernement israélien à abandonner la logique de force.

La France et l'Europe peuvent agir pour la paix, la justice et la sécurité au Proche-Orient.

Marie-George Buffet, députée, secrétaire nationale du Parti communiste français a interpellé le premier Ministre, mardi 6 janvier, lors des questions orales de l'Assemblée nationale

Monsieur le Premier ministre,

Hier, cinquante Palestiniens sont morts dont douze enfants dans la bande de Gaza ! Ces victimes s’ajoutent aux 555 Palestiniens et aux 5 Israéliens tués depuis le lancement de l’offensive israélienne.

Une guerre sans issue qui, d’annexions en colonisations, de blocus en mur de la honte, se nourrit dans un terrible engrenage des fanatismes et de leurs violences.

La sécurité internationale est en jeu, l’urgence est à une initiative internationale pour donner sa chance à la paix !

Donner sa chance à la paix, c’est le message porté samedi dernier dans le monde entier et en France par une multitude d’hommes et de femmes.

Donner sa chance à la paix, c’est travailler enfin à une solution juste et durable : un état palestinien de pleine souveraineté dans les frontières de 1967. Deux Etats, palestinien et israélien, vivant en sécurité et en coopération ! C'est parce qu'il n'y a pas de processus de paix que nous connaissons la tragédie d'aujourd'hui.

Donner sa chance à la paix, c’est d’abord et dans l’urgence : «  faire cesser les violences », imposer un cessez le feu total, lever le blocus , porter secours aux populations de Gaza et revenir à un processus politique !

Monsieur le Premier ministre, pouvez vous dans ces conditions d’extrême gravité nous apporter des éléments concernant les propositions portées par le Président de la République auprès des autorités concernées ?

La France et ses partenaires européens sont-ils prêts à peser de tout leur poids auprès d’un de leur partenaire privilégié : Israël, pour que soit immédiatement mis fin à cette épouvantable offensive militaire ? La France et ses partenaires européens sont-ils prêts à être à l’initiative d’une force de protection internationale permettant la sécurisation de tous dans la région ? Une force, Monsieur le Premier ministre, qui figure dans la feuille de route de la communauté internationale depuis des années ! Une force qui ouvrirait la possibilité d’une relance d’un processus de paix digne de ce nom.

Monsieur le Premier ministre, il y a urgence.

Le Parti communiste français exprime sa grande inquiétude devant la montée brutale des tensions et des risques à Gaza. Quatre membres du Hamas ont été tués dimanche dans un bombardement israélien. La “trêve” sécuritaire annoncée en juin dernier est en péril.

Les autorités israéliennes ont décidé la fermeture des points de passage et un blocus complet de Gaza, appliquant ainsi une inacceptable et insupportable punition collective contre l’ensemble de la population de ce territoire, et aggravant encore la situation sociale dure et précaire des habitants de Gaza qui vivent en permanence, depuis des mois, dans une sorte de bouclage quasi-permanent.

Le Parti communiste exige la levée immédiate du blocus de Gaza, la liberté de circulation pour les personnes et les marchandises. L’appel lancé par le Secrétaire général de l’ ONU, Ban Ki Moon, à rétablir d’urgence l’approvisionnement de Gaza doit être entendu et respecté par les autorités israéliennes, mais aussi par la France et ses partenaires européens qui doivent intervenir sans délais dans cet esprit.

Les tensions et les dangers de la situation actuelle sont issus de la poursuite de la colonisation, de l’impasse politique et du blocage, du fait du gouvernement israélien, de toute négociation véritable pour l’application des résolutions de l’ONU et pour un règlement politique juste et durable dans la sécurité pour tous. La carence d’initiative de la France et des Européens est consternante. Le PCF appelle instamment les autorités de notre pays à s’engager réellement dans l’action pour favoriser un tel règlement. Il ne peut y avoir d’Union pour la Méditerranée crédible sans que des pas substantiels soient faits dans ce sens.

Lundi 17 novembre

Parti communiste français

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