CULTURE

La double charge de Christian Teyssèdre


C'est ce qui s'appelle une rentrée politique musclée. Et percutante. Le maire de Rodez, Christian Teyssèdre, n'y est pas allé, hier, par quatre chemins. Portant plusieurs attaques en direction de l'État et du président du Conseil général, Jean-Claude Luche. « Je n'ai aucune leçon à recevoir des gens qui augmentent les impôts des Aveyronnais » , a-t-il prévenu, en préambule, se félicitant pour sa part d'avoir baissé la fiscalité et de « porter des politiques attractives. » Ces jours derniers, le président de l'Agglo, Ludovic Mouly, avait fait part de son agacement vis-à-vis de certains « blocages incompréhensibles. » Le maire de Rodez est beaucoup plus critique. « L'État s'enfuit, bloque tout, ne joue pas le jeu avec les collectivités locales. Où est le plan de relance ? » Et de citer, en vrac, les dossiers de la RN 88, de la maison d'arrêt, de la maison Emploi, de l'ilôt Combarel ou du musée Soulages, pour lequel la participation de l'État n'est toujours que de 3 millions, alors que le coût du projet est passé de 10 à 24 millions d'euros. « Nous, nous sommes prêts » , a martelé Christian Teyssèdre, précisant qu'il attendait encore les fuseaux précis du grand contournement de Rodez, promis pour décembre 2007, et l'engagement de la DUP. Et il ne supporte plus d'entendre Jean-Claude Luche se prévaloir de la paternité de la RN 88, « alors qu'il n'a jamais voté un crédit sur trois contrats de plan État-Région. » Christian Teyssèdre n'avalera plus certaines couleuvres et il invite le président du Conseil général à cesser la polémique. « Je lui demande d'arrêter de taper sur le musée Soulages et de reconnaître que Rodez tire le reste de l'Aveyron. S'il faut faire le bilan du désengagement du conseil général sur le Grand Rodez, on le fera... » Et le premier élu ruthénois de réclamer un engagement précis de l'État et du Département pour le musée Soulages, sans lequel il n'y aura pas de permis de construire. « Il faut qu'ils nous disent combien ils donnent et quand ils donnent » .


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Musée Soulages : Ch. Teyssèdre menace de pas signer le permis de construire

L'INTERVIEW de Pierre Soulages diffusée le 21 août dernier sur l'antenne de France Inter fait (re)naître la polémique au sujet du musée de l'artiste, dont on annonce l'ouverture à Rodez en 2013 (soit déjà un an de retard). Interrogé le 14 juillet lors de la garden party de l'Élysée à laquelle il était convié, Pierre Soulages rappelle en effet qu'il est « contre les musées d'artistes ». « C'est dans ce sens-là que le musée devrait se faire. Je ne m'en mêle pas. Je me suis laissé emmener dans cette affaire-là », dit-il, ajoutant plus tard au sujet d'une réunion de travail : « Je n'y suis pas allé, j'avais mieux à faire dans mon atelier ». Des propos qui interrogent le président du conseil général : « L'attitude de l'artiste n'est plus la même depuis qu'il a changé
d'interlocuteurs. S'il a face à lui des gens qui lui mentent comme ils mentent aux Aveyronnais . Je me pose la question du bien fondé de mettre 3 M€ dans ce musée. Cette enveloppe équivaut à 2 000 € de plus pour 1 500 associations aveyronnaises ».
Voilà qui a de quoi ulcérer le maire de Rodez, vice-président de la communauté d'agglomération : « Les propos du président du conseil général sont indécents et mensongers. Il ne connaît ni l'artiste, ni le dossier. La seule stratégie, c'est d'attaquer pour masquer le manque criant d'implication et de projets du Département ». Christian Teyssèdre note toutefois que les engagements financiers du conseil général (qu'il évalue à 4 et non 3 M€) et de l'Etat ne sont toujours pas confirmés. « Lors d'une rencontre à Paris, il nous a été dit que l'Etat abonderait à hauteur de 8 M€... La seule enveloppe confirmée se situe à 3 M€. Si cela reste en l'état, je ne délivrerai pas le permis de construire. Je ne ferai pas n'importe quoi avec l'argent des contribuables ruthénois », poursuit le maire.
Voilà pourquoi, au-delà des « manoeuvres de campagne (pour les élections régionales, NDLR) » Christian Teyssèdre réclame « l'adhésion de tous à ce projet ». Y compris celle de Pierre Soulages. « J'ai été choqué aussi par cette interview, dit-il. Je l'appellerai pour le lui dire. l'effort de la collectivité est très important, aussi nous avons bien besoin de son soutien, y compris lorsqu'il rencontre le président de la République ».
De son côté, Ludovic Mouly, le président du Grand Rodez, se veut rassurant : « Ce qu'a dit Pierre Soulages ne change ni les tenants ni les aboutissants du projet. Et je peux vous assurer, pour m'être souvent entretenu avec lui, qu'il a un oeil bienveillant sur ce projet. Mais il est surtout concentré sur son travail de création. Il met de la distance, mais ce projet le touche beaucoup ». Rassurant, Ludovic Mouly, même s'il concède que « de tels propos ne vont pas aider à la compréhension du projet par les Grands Ruthénois ». Tout comme la « récupération » qu'en fait Jean-Claude Luche. Le président de l'Agglo conseille au président du conseil général « de passer plutôt à l'action, au lieu de faire perpétuellement du vent ».
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