D.L.A. : Le choix du FRONT DE GAUCHE,
plébiscité à 94% par les Communistes en Aveyron, largement majoritaire (+ de 74%) en Midi-Pyrénées, signifie-t-il un désaveu de la politique régionale et de Martin Malvy ?
Martine PEREZ : Non ! Et c’est bien parce que Martin Malvy n’est pas Georges Frêche que nous avons beaucoup réfléchi et discuté avant de voter. Le bilan de ce mandat est honorable en ce sens que nous avons atténué les effets désastreux de la politique de Sarkozy. Souvent grâce à l’action des neuf élus communistes, des mesures positives pour Midi-Pyrénées ont été prises : dans les transports, dans les lycées, pour ne prendre que ces deux compétences régionales, ainsi que dans le social.
Mais aujourd’hui, en pleine crise, la gauche ne peut se contenter d’en amortir les effets, d’adoucir les mauvais coups de Sarkozy. Elle doit résister, savoir parfois «cultiver les fleurs de la désobéissance» quand les lois sont mauvaises, comme le dit Marie-George Buffet.
Elle se doit de porter dans le cadre de ses compétences, un projet à l’opposé des logiques capitalistes, un projet porteur d’espoirs et des attentes légitimes des citoyens. Ce n’est hélas pas la voie que choisissent les dirigeants du Parti Socialiste. J’ajoute que ce vote massif pour le Front de Gauche marque aussi un ras-le-bol du cinéma du Parti Socialiste, d’Europe Écologie et de leurs manœuvres avec une partie de la droite. L’union avec eux au premier tour, voter pour eux au premier tour, c’est les encourager à continuer dans cette voie suicidaire pour la gauche.
D.L.A. : ¨Pour le second tour, le P.C.F. préconise l’union de toute la gauche. N’est-ce pas une contradiction et un argument pour le N.P.A. qui, à l’heure de l’interview, refuse sur ce préalable de rejoindre le FRONT DE GAUCHE ?
Martine PEREZ : Je pense sincèrement qu’il n’est pas juste de dire que la droite et le P.S. ou Europe Écologie, c’est pareil ! Sarkozy veut tout écraser et se servir des régions pour accentuer sa politique de casse sociale. Nous ne pratiquerons jamais la politique du pire, parce qu’elle fait le jeu de la droite et que notre peuple en est la première victime.
J’ajoute que par souci d’efficacité, nous voulons être présents dans les exécutifs. La présence des communistes dans la gestion, c’est la garantie pour obtenir des avancées sociales comme ce fut le cas avec la gratuité des transports pour les privés d’emplois, le doublement des dessertes ferroviaires, le chèque lecture, la bourse régionale pour le premier équipement des lycéens dans les lycées techniques et professionnels.
En fait, plus le Front de Gauche aura de voix, plus le projet régional sera progressiste, plus Martin Malvy et le P.S. devront tenir compte de la volonté populaire. Je souhaite vraiment que le N.P.A., avec qui je me retrouve dans les luttes, rejoigne le Front de Gauche.
D.L.A. : Ce Front de Gauche est souvent perçu comme un nouveau parti. Peux-tu expliquer ce
qu’il en est exactement ?
M.P. : C’est un rassemblement autour d’un projet, vraiment à gauche, anticapitaliste, mettant au cœur de sa démarche, une véritable démocratie citoyenne, participative. Un rassemblement qui ne transige pas avec l’intérêt général, les valeurs républicaines, le respect d’une éthique. De ce pont de vue, nous révolutionnons la gauche. Dans ce rassemblement, il y a aujourd’hui le P.C.F., le Parti de Gauche (ex-socialistes), la Gauche Unitaire (Ex membres du N.P.A.). Nous souhaitons l’élargir au-delà de ces trois formations. Ce rassemblement, nous voulons qu’il s’ouvre au monde syndical, associatif, aux citoyens…. Et nous avançons positivement.
Si j’osais des exemples historiques, je ferais référence au Front Populaire en 1936 ou encore à l’expérience de L.K.P. en Guadeloupe.
D.L.A. : Tu l’as souligné, le projet est à la base de notre démarche, d’autant qu’être de gauche n’a de sens qu’en fonction des contenus que l’on porte. Peux-tu nous en dire un peu plus. ?
M.P. : C’est un peu tôt, puisque nous voulons qu’il soit
co-élaboré avec tous nos partenaires, qu’il soit enrichi par l’apport des acteurs du mouvement social.
Je peux par contre avancer des priorités :
- Mise en place au niveau des départements d’assemblées participatives de citoyens et d’acteurs sociaux, qui valideront tous les grands projets, qui contrôleront l’action des élus, notamment dans l’utilisation de l’argent, qui interpelleront les élus sur tout sujet qu’ils jugeront important.
- Emploi, lutte contre le chômage, la précarité : Vaste sujet, mais d’ores et déjà, nous proposons la mise en place d’un Fond Régional de Développement de l’emploi et de la formation qui, sous contrôle des syndicats, contribuera, dans les PME , au maintien et aux créations effectives d’emplois, ainsi qu’à de véritables plans de formation.
- L’environnement : Avec la promotion d’une autre façon d’entreprendre, de produire pour répondre aux besoins humains, un renouveau industriel, respectueux des normes écologiques.
- La défense, le développement des services publics, leur démocratisation , facteurs d’égalité de toutes et de tous, d’aménagement du territoire, outils indispensables pour enrayer la désertification.
D.L.A. : Au P.S., à droite, on connaît déjà les candidats. Quand va-t-on connaître ceux du Front de Gauche ?
M.P. : Cela prendra plus de temps, car la construction de notre liste est basée sur la démocratie, la concertation, l’échange… et pour finir, un vote..
Mais au-delà des 10 candidat(e)s et des 2 suppléant(e)s pour le département, nous souhaitons et travaillons à mettre en place, dans les localités, des comités de base Front de Gauche, qui enrichiront notre projet, qui organiseront la campagne. A l’arrivée, nous voulons redonner envie de voter à des citoyens qui, déçus, parfois écoeurés, ne votent plus alors que c’est le dernier droit qui leur reste.
D.L.A. : Tes camarades Aveyronnais ont exprimé le souhait que tu conduises, dans le département, la liste Front de Gauche. Quelle est ta position ?
M.P. : Le fait d’être élue sortante, présidente du Groupe Communiste et du Parti de Gauche à la région, tenant compte de la parité, me donne, selon les camarades, une légitimité pour conduire la liste.
En même temps, nous nous devons de donner à nos partenaires, au niveau régional, la place à laquelle ils ont droit. Guilhem Serieys, pour le P.G. est aussi élu sortant et porte-parole de ce parti au niveau régional. IL faut qu’il soit lui aussi en position éligible.
A nous, ensemble, de trouver, au niveau
régional la meilleure solution.